Fortement médiatisée, la consommation d’alcool des jeunes suisses est souvent présentée comme un problème majeur de société. S’appuyant sur les excès occasionnels d’une minorité, différents milieux en appellent à toutes sortes de mesures restrictives et à des hausses de taxes dont l’efficacité est fortement mise en doute par les études récentes. De plus, ces hausses de taxes touchent des boissons alcoolisées qui ne posent pas problème tels que les apéritifs distillés à taux d’alcool largement inférieur aux spiritueux, mais figurant dans les même catégories de produits au niveau fiscal. Précisions et correction de quelques erreurs fréquentes.

Une hausse des taxes sans objet

Prenant appui sur la consommation excessive d’une minorité de jeunes (voir le texte ci-dessous), d’aucuns en appellent à une hausse des taxes sur l’alcool dans le cadre de la Révision de la loi sur l’alcool. On peut légitimement se demander si l’objectif n’est pas de générer une nouvelle recette publique, basée sur une consommation prétexte qui n’est pas si problématique que l’on nous le fait croire. Or la taxation en Suisse est déjà très élevée, comme en atteste la comparaison avec les pays voisins (p.4).

Hausse des taxes sans effet sur la consommation des jeunes

Une hausse des taxes sur l’alcool aurait un effet sur les prix des spiritueux, mais également sur une immense variété d’apéritifs, de vins doux. Elle ferait également progresser les prix de produits de haute qualité tels que les Cognacs, Calvados ou Grappas. Or ces boissons sont peu sujettes à excès et, surtout, ne sont que peu consommées par les jeunes. Cette taxe n’aurait donc pas d’effet sur le mal que l’on prétend guérir. Qui plus est, cette taxe créerait un différentiel de prix de vente avec les pays voisins. Elle aurait donc pour effet d’encourager le commerce transfrontalier, ce qui ne résoudrait pas non plus le prétendu problème de la consommation des jeunes.

Mais qu’en est-il de cette consommation des jeunes ?

Forte baisse de la consommation en Suisse

Selon plusieurs études récentes, un Suisse sur cinq consommerait trop d’alcool. Or, d’une manière générale, la consommation d’alcool a baissé de 20 % en Suisse au cours des  années 1990-2010, et cette tendance s’est poursuivie depuis. Sur le plus long terme, les statistiques sont très parlantes : de 17 litres d’alcool consommés par habitant en 1900, on est passé à 8,5 litres par habitant en 2012.


Le graphique ci-dessus (Source OFSP 2011) fait apparaître la baisse globale de la consommation d’alcool de la population. La catégorie des 15-24 ans est la seule qui ne diminue pas. Mais d’une part la quantité n’est pas alarmante par rapport aux aînés et d’autre part, elle baisse fortement avec l’âge, ainsi qu’avec le trend général baissier observé depuis 20 ans.

La « cuite du samedi soir »  n’est pas une généralité

La consommation quotidienne n’est pas l’apanage des jeunes. Leur consommation reste faible en volume. Elle a surtout lieu le week-end, lors de sorties hors du domicile. L’alcool est alors lié à la notion de fête. La « cuite du samedi soir », si elle existe chez certains groupes de jeunes, n’est pas représentative de la consommation totale des jeunes. En effet, ceux-ci ont tendance à consommer la même quantité de spiritueux qu’avant, mais concentrée sur une période plus courte.

Le phénomène correspond donc à une « transgression  des normes » par les adolescents, processus social connu. Leur consommation d’alcool n’est pas un but, mais un élément autour duquel s’organise la sociabilité. La fête du samedi soir reflète le besoin de se libérer des contraintes sociales. Le rapport à l’alcool n’est donc en l’occurrence pas une nouveauté.

Le phénomène de la « cuite du samedi soir » est en nette régression en Suisse depuis 2007 (Source ESPAD). Certes la consommation des jeunes est devenue plus précoce. Un jeune de 15 ans sur quatre consomme de l’alcool chaque semaine. En  ce qui concerne les états dit d’ivresse, on admet que 26 % des jeunes de 15 à 19 ans et 39 % des classes d’âge de 20 à 24 ans le sont au moins une fois par mois.

Les jeunes boivent souvent avant d’arriver en boîte. Le phénomène est attribué à la différence de coût des boissons entre commerces d’une part, bars et boîtes de l’autre. Leur consommation ne peut donc être imputée aux producteurs, distributeurs ni à la publicité.


Le graphique ci-dessus (Source Spiritsuisse 2012) montre que la consommation des jeunes a connu un pic en 2002, mais est globalement en baisse depuis lors.

Le rôle de la famille et de la société

Toutes les études montrent que les abus de consommation des jeunes sont liés à un mal-être dû à l’environnement social, familial ou scolaire. La sélection de résultats de l’enquête HBSC 2010, réalisée par Addiction suisse va dans ce sens (www.addictionsuisse.ch). C’est dans leurs familles que les jeunes vont trouver les premiers jalons qui vont les conduire à boire de l’alcool. Les premières expériences de consommation d’alcool ont toujours lieu dans l’enfance, lors d’expériences ou de fêtes à la maison. Les programmes de santé publique pourraient davantage prendre en compte cette dimension sociale plutôt que de se concentrer principalement sur des questions de prix de vente, d’horaires de magasins et de fiscalité qui ont montré leurs limites.

Source du graphique: Addiction suisse – étude HBSC 2010 

Vin et bière en tête des préférences des jeunes

Le 25 % des Suisses de moins de 25 ans déclarent consommer de l’alcool, avec une préférence pour le vin et la bière. Ces jeunes ne représentent que le 3,6 % de la population. Pour eux, les boissons alcoolisées à base de spiritueux existent à peine. D’ailleurs, seuls 6 % des Suisses déclarent en consommer. De plus, la grande majorité de la population suisse, dès 15 ans ou plus, a une consommation générale d’alcool modérée. Le risque souvent évoqué pour la santé publique est faible. Et la consommation générale d’alcool par les jeunes continue de diminuer.

L’effet de la fiscalité

Les études de comparaison internationale publiées en 2008 (OCDE) et après montrent que la consommation des jeunes n’est que faiblement liée à la fiscalité (taux d’accise). On constate ainsi que l’Islande, qui à un taux d’accise très bas est le pays où le pourcentage de jeunes ayant bu cinq verres ou plus en une occasion est le plus faible. A l’inverse, en Norvège, qui a un taux d’accise presque 4 fois plus élevé que celui de la Suisse, le pourcentage de jeunes ayant bu 5 verres ou plus en 1 occasion est plus élevé qu’en Suisse. Ou encore, au Danemark, pays qui connaît le plus fort taux d’ivresse (presque deux fois plus que la Suisse), le taux d’accise est à peine supérieur à celui de la Suisse.

Une étude publiée en 2012[1], effectuée sur 30 pays auprès des adolescents de 15-16 ans, a mis en lumière que des prix élevés et des restrictions plus sévères réduisent la consommation hebdomadaire mais augmentent les épisodes d’ivresse.

Enfin, une étude de Spiritsuisse, datant certes de 2009 (avec un taux de change EUR-CHF de 1.5266) et basée sur des sources variées (OCDE et diverses sources nationales), avait déjà montré l’absence de corrélation entre taxe et consommation de spiritueux.


Taux de change du 06.07.2009 (1.526) Accise en EUR Différence d’accise avec CH Conso spiritueux LAP 15+ Différence de conso avec CH Année de référence
Norvège 7’728 304.8% 1.35 -29.0% 2007
Suède 4’561 138.9% 1.20 -36.8% 2007
Finlande 2’825    48.0% 2.86  50.5% 2007
Danemark 2’015      5.0% 1.67 -12.1% 2007
Suisse 1’909 1.90 2007
France 1’580  -17.2% 2.40  26.3% 2006
Allemagne 1’303  -31.7% 2.65  39.5% 2007
Autriche 1’000  -47.6% 1.40 -26.3% 2007
Canada    742  -61.1% 2.84  49.5% 2008
USA    663  -65.3% 2.68  41.1% 2006

Le tableau ci-dessus (Source Spiritsuisse 2009) montre qu’une fiscalité élevée n’a pas d’impact confirmé sur la consommation globale d’alcool (LAP = litre pur d’alcool). Attention, le taux de change date de juillet 2009 (1.5266). Mais cela n’enlève rien à l’absence de corrélation.


Inutilité d’une hausse des taxes sur l’alcool

Ces données prouvent que les objectifs de santé publique, l’imposition sur les boissons spiritueuses et les réglementations applicables aux limites d’âge pour la remise d’alcool, soit 18 ans pour les spiritueux  et 16 ans pour le vin et la bière, fonctionnent en Suisse et que des hausses d’impôt généralisées sur les spiritueux, incluant également certains apéritifs moins dotés en alcool, sont injustifiées.

Horaires des magasins

L’instauration d’un régime de nuit applicable à la vente d’alcool, avec une interdiction totale de la vente par des détaillants entre 22h. et 6h., est en discussion. Elle ne devrait pas changer les comportements des jeunes, qui pourront toujours s’approvisionner en boissons alcooliques dans les heures qui précèdent.

Lutter contre les excès

La politique de l’alcool doit s’adresser à l’ensemble de la population, surtout avec une baisse constante de la consommation d’alcool depuis 20 ans. Les importateurs et producteurs de spiritueux de marque sont très conscients de la problématique qu’entraîne une consommation abusive de boissons alcoolisées. Ils sont particulièrement attentifs à la consommation des jeunes. Mais ils rappellent que le problème réside dans l’abus d’alcool et non dans la consommation en elle-même.

D’ailleurs, la grande majorité de la population suisse, y compris les jeunes, consomment des boissons alcooliques d’une manière responsable, modérée, et, de ce fait, sans danger. Pour les Suisses, les boissons alcoolisées à base de spiritueux existent à peine. D’ailleurs, seuls 6 % d’entre eux déclarent en consommer. De plus, la grande majorité de la population suisse, dès 15 ans ou plus, a une consommation générale d’alcool modérée. Le risque souvent évoqué pour la santé publique est donc faible.  Et la consommation générale des jeunes continue de diminuer.

Les professionnels prennent leurs responsabilités

Les importateurs et distributeurs de spiritueux, membres de Spiritsuisse, sont unis contre l’alcoolisme. Ils s’engagent dans le sens d’une réduction de la consommation d’alcool chez les mineurs.

Ils ont ainsi pris plusieurs initiatives de consommation responsable, notamment un matériel de formation destiné à sensibiliser le personnel de vente à l’interdiction de vendre des spiritueux aux mineurs (disponible gratuitement sur www.spiritsuisse.ch) ou une application I-phone (Spirittest) permettant à chacun d’estimer s’il est en mesure de prendre le volant ou non.
Les membres de SPIRITSUISSE représentent des marques réputées, dont la qualité n’est plus à prouver. Ainsi, lorsque certains milieux  avancent que la consommation des jeunes est facilitée par la baisse des prix effective des boissons alcooliques depuis 1999, il convient de rappeler qu’il y a, de tout temps, eu  sur le marché suisse des spiritueux bon marché et de qualité très variée. L’harmonisation fiscale et la libéralisation du marché suisse ont logiquement provoqué un resserrement de la fourchette des prix au profit des spiritueux de qualité.


  • [1] Gilligan, Conor, Kuntsche, Emmanuel et Gmel, Gerhard, « Adolescent Drinking Patterns Across Countries: Associations with Alcohol Policies », Alcohol and Alcoholism, first published online July 17, 2012

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